Un territoire de compétences

Pierre-Marie LLEDO

• Directeur du Département des Neurosciences à l’Institut Pasteur, Paris

• Chef d’Unité “Perception et Mémoire” à l’Institut Pasteur, Paris

• Directeur de Recherche au CNRS où il dirige le Laboratoire « Gènes et Cognition »

• Membre de l’Académie Européenne des Sciences

 

Le Pr. Pierre-Marie Lledo est ancien élève de l’École Normale Supérieure. En 1988, il obtient un Diplôme d’Études Approfondies en Neurosciences et Pharmacologie. En 1992, il soutient sa thèse de doctorat en Neurosciences à l’Université de Bordeaux. C’est là qu’il assure, de 1989 à 1992, des activités de recherche à l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM) et d’enseignements universitaires. C’est également en 1992 qu’il intègre le Centre National de la Recherche Scientifique (C.N.R.S.). En 1998, il obtient le diplôme d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) à la faculté de Médecine de Paris. Depuis novembre 2001, il dirige le laboratoire « Perception et Mémoire » à l’Institut Pasteur, et le laboratoire « Gène et Cognition » du CNRS. Depuis janvier 2002, il a été nommé Directeur d’enseignement à l’Institut Pasteur, puis élu à l’Académie Européenne des Sciences en mars 2006 et élu à l’Académie des Sciences de New York en Septembre 2009. Enfin, le Pr. Lledo a reçu le grand Prix de l’Académie Nationale de Médecine pour ses travaux sur la régénération cérébrale en 2007, le Prix « Jaffé » de l’Académie Nationale des Sciences en 2008, le prix de Neurologie de la Fondation pour la Recherche Médicale en 2010, le prix « Neuroscience » de l’Académie Nationale des Sciences en 2012, et le Grand Prix de la Fondation Prince Louis de Polignac en 2013. Il est professeur invité à l’Université de Harvard à Cambridge (USA).

 

« Un cerveau sur mesure »

  • La problématique

 

Le cerveau est une machine à simulation qui anticipe en permanence les récompenses à venir (il s’agit du désir) et évite les erreurs du passé (c’est le rôle de notre mémoire). Comme disait Sénèque : « Il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait où il va ». Or, cette prospective n’est possible que si notre cerveau fonctionne de façon optimale, loin d’une surabondance d’informations. Pourtant, le stress chronique est une réalité de nos environnements sociaux et professionnels actuels. Lorsqu’il atteint des niveaux élevés, son impact négatif sur les individus, mais aussi sur le fonctionnement de l’entreprise et des collectivités, est délétère. Dans ce contexte, que peut nous apporter aujourd’hui la Science ?

Depuis une dizaine d’années, la connaissance du fonctionnement de notre cerveau a connu des progrès considérables. Certaines de ces découvertes font figure de révolution et beaucoup d’entre nous répugnent encore à les accepter tant elles remettent en cause nombre d’idées considérées comme acquises. En premier lieu, on a longtemps cru que nous naissions avec un quota limité de neurones, puis à l’âge adulte, chaque neurone qui mourait n’était pas remplacé. On découvre aujourd’hui que le cerveau adulte produit de nouveaux neurones et qu’il est possible d’augmenter ou de réduire cette faculté par des changements de notre environnement proche. Ces découvertes récentes appellent aussi à revisiter la notion de « libre-arbitre ». On connaît maintenant les mécanismes par lesquels nos décisions restent sous l’influence de la sphère émotionnelle et attentionnelle. Enfin, le cerveau n’apparaît plus comme un organe homogène. Si chacun de nous possède un mode de fonctionnement cérébral dominant, certains ont un cerveau plus orienté vers l’abstraction, d’autres vers le vécu ou le concret. Mais cette distinction n’est pas immuable. En somme, mieux connaître l’architecture cérébrale, c’est aussi comprendre un peu plus les traits de l’humanité.

 

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